On peut mener à bien un projet sans méthode

août 22nd, 2007


Dis tonton, c’est quoi un APS ?(2) Les ERP, la gestion de la production et la cuisine au beurre

septembre 24th, 2006

Résumé de l’épisode précédent :

Il y a bien longtemps, dans le fin fond des états unis d’Amérique, vivait un monsieur du nom de Orlicky qui fabriquait des trucs électroniques. Il avait des problèmes pour programmer sa production. Quand est-ce qu’il faut acheter du plastique ? quand est-ce qu’il faut fabriquer ce sous-ensemble pour mettre dans cet appareil ? Combien faut-il de colle pour monter toutes ces machines ? Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Bref, tout un tas de questions fondamentales pour quelqu’un qui fabrique des trucs électroniques.

Alors, parce qu’il était rusé comme un renard Américain, qu’il aimait son pays et qu’il avait une paire de (non je ne l’écrirai pas)… il a inventé la méthode ‘Material Resource Planning’, le MRP.

C’est quoi le MRP ?

Le principe est bête comme chou, mais il fallait le formaliser. Dans cette méthode, il faut décrire les trucs qu’on fabrique, avec quoi on les fabrique, combien de temps il me faut pour obtenir chaque sous-truc et alors, en partant des produits que je vend au date où on me les commandes, je calcul combien il me faut de colle, de plastique, de transistor, de pâté pour chat, etc. avec une feuille de papier, une règle et un crayon, même pas de calculatrice (pour plus de détail, voir l’auteur).

On peut le faire pour fabriquer un bateau en Légo ou un gâteau au chocolat ?

Oui Léon, et quand on fabrique deux ou trois dizaines de produits relativement standards, la méthode reste faisable à la main. Mais dès que l’on dépasse ces quantités, il faut engager une armée de planificateurs qui font un boulot aussi exaltant que celui de chargé des écritures comptables, une vrai sinécure (voir GC et PGE qui ont visité en Chine un Sous-traitant de décathlon qui avait un MRP manuel …). Ou alors acheter un ordinateur avec une GPAO (Gestion de Production Assistée par Ordinateur).

Et il n’y a pas plus rusé comme truc ?

Jusque là, c’est une excellente méthode quand on a rien d’autre, et les ERP se sont tous basés la dessus pour planifier la production. Après, si on sait dire sur quelle machine on doit passer les produits, combien de temps ça prendra, combien de petites mains il faudra, on sait faire le MRP II (l’ERP contre attaque) qui, en plus de planifier le mou pour le chat va planifier la poêle, le gaz, l’allumette et Madame Ginette pour le faire cuire comme il faut. Pour parler consultant et un peu plus professionnel, on planifie les ressources et les capacités suivant un processus du type PIC/PDP (Plan Industriel et Commercial / Programme Directeur de Production) et RP/RCCP (Resources Planning / Rough Cut Capacity Planning). On analyse les impacts financiers et on peut introduire des notions du type développement de nouveaux produit mais là, je m’éloigne un peu.

Les ERP font ça très bien. En plus de tout ça, ils calculent combien ça va coûter, combien il faut emprunter d’argent pour acheter le mou pour le chat, combien on va payer d’URSSAF sur le travail de Madame Ginette, quelle formation ‘cuisson du mou pour le chat’ il faudra qu’elle fasse, etc. Parenthèse SAP : comme les gens de chez SAP vendent leurs ERP aux directeurs financiers, vous pensez bien qu’ils étaient super contents de pouvoir appuyer sur un bouton pour savoir tout ça. Fin de la parenthèse sur SAP. Il s’agit d’outils relativement standards et qui, du coup couvrent la plupart des fonctions standards mais mal les exotismes qui font que finalement l’entreprise s’adapte à l’outil !

Quand on est à la production, on sait maintenant, en direct, comment les gens des méthodes veulent qu’on fabrique un truc, comment les commerciaux veulent vendre un machin quand on fait de la planification, quand le produit est fabriqué, où il est en stock, si le mou pour le chat est au frigo, etc.. C’est là que l’ERP apporte toute sa valeur, dans la rapidité de circulation de l’information dans l’entreprise. On dit que c’est un système transactionnel (permet de suivre et mettre à jour toutes les données) mais du coup suppose un apprentissage de l’environnement « connecté ». Tout le monde saisit dans le système les transactions qui font partie de son métier : réception du mou, nettoyage de la poêle, arrivée de Madame Ginette, etc. Ce qui suppose une mise à jour correcte et une compréhension du « workflow » (Chaîne de transmission de l’information) dans lequel on s’inscrit même lorsqu’on n’est pas client de la donnée renseignée.

La planification se fait sur le même mode : transactionnel, en direct avec la production et les commandes.

Alors, dans un monde si merveilleux, pourquoi cherches-tu encore à nous fourguer une pyramide informatique à un prix défiant les indemnités de licenciement de J2M ?

Parce que, petit scarabée, il reste un gros tas de questions sans réponse.

Mais quelles sont ces questions, Oh maître incandescent ?

En voici quelques unes :

Quand je planifie ma production, comment puis-je savoir ce qui est le mieux pour gagner plus de pognon (ou pour en dépenser le moins) : de passer dans la poêle le mou pour le chat d’abord, ou le foie de veau pour papy ?

Quand j’ai des clients qui ne me disent jamais rien, comment puis-je faire des hypothèses sur ce qu’ils vont m’acheter ? Et, ces hypothèses, comment faire en sorte que ce soient mes vendeurs qui me les renseignent dans mon système et que je puisse les utiliser pour faire mes hypothèses de budget, de planification, d’achats ?

Quand j’ai trois usines, comment savoir dans laquelle il faudrait produire un truc plutôt que dans une autre ?

Quand j’ai quinze magasins de jeans, comment savoir où il faut mettre mes trois centres de distribution et les produits qu’il faudrait mettre dedans ? En quelles quantités ?

Quand j’ai un client en ligne, comment lui promettre un délais à peu prés sur en moins de trois mois ?

Alors, pour répondre à toutes quelques questions et à bien d’autres encore, on a inventé les APS : ‘Advanced Planning System’.

Dis tonton, c’est quoi un APS ?

septembre 1st, 2006

Chapitre 1 : La préhistoire : les ERP

Quand votre neveu Léon, 9 ans, vous pose la question, c’est qu’il est déjà trop tard. Trois solutions s’offrent à vous :

  • Lui coller une tarte en lui disant « c’est pas de ton age p’tit con » avec les risques de brouillage avec votre fratrie.
  • Lui répondre « va demander à ta mère, tu vois bien que j’fais la vaisselle… » peu crédible sauf si madame est membre de l’APICs[1]… (ça arrive, n’est-ce pas Arnaud ?).
  • Poser le dernier numéro de l’Usine Nouvelle au dessus de la Tribune du jours sur la commode et lui répondre « assied-toi petit, je t ‘explique ».

Nous allons nous concentrer sur la troisième réponse qui se prête le mieux aux développements.

Mais par où commencer ? L’histoire… donc, avant de parler d’APS il faut causer de ce qu’il y avait avant, les ERP.

Il était une fois un monsieur qui fabriquait des radios pour mettre dans les cuisines des gens. Comme il avait beaucoup de clients, il s’est inventé un système sur un ordinateur pour noter tout ce dont il avait besoin de savoir sur ces clients.

Comme il travaillait beaucoup, il n’avait plus le temps d’acheter les trucs pour faire les radios. Alors il a embauché un autre monsieur pour acheter les trucs pour faire les radios. Ce monsieur avait beaucoup de fournisseurs alors il s’est aussi inventé un machin sur un ordinateur pour mettre les informations. Puis un autre monsieur est arrivé pour s’occuper de la manière dont il fabriquait les radios, puis un autre pour les sous qu’il dépensait et qu’on lui devait, les informations pour les impôts, l’URSSAF, etc. (là, le neveu dort déjà ou alors il est reparti jouer avec ses copains). Tout ça, ça faisait plein de messieurs et plein d’ordinateurs qui ne se parlaient pas et du coup, le monsieur qui avait commencé à fabriquer des radios, il était obligé de se dépenser beaucoup pour que tout le monde se parle. Alors il a inventé l’ERP.

C’est quoi un ERP ?

Avant, c’était le chaos (voir plus haut), les systèmes d’informations étaient d’horribles monstres maintenus par des informaticiens surpuissants qui maîtrisaient les tenants et les aboutissants sans en laisser une miette à qui que ce soit. En bref, l’application informatique de comptabilité ne communiquait qu’avec l’application chargée des immobilisations et la gestion de production essayait de récupérer les informations aux commerciaux avec les armes MCC (Menaces, Chantage, Corruption) habituelles dans ce genre de négociation. Bref, toutes les fonctions de l’entreprise développaient leurs propres applications informatiques avec leurs propres systèmes. Ces applications ne communiquaient entre elles que sous la menace de la baïonnette avec des interfaces propriétaires des informaticiens. Les informations mettaient des jours et des jours à parvenir d’un coté de l’entreprise à l’autre, en supposant qu’elles y parviennent un jour. Souvent, la recopie manuelle d’information mobilisait des employés sur des tâches passablement abrutissantes et ça générait plein d’erreurs.

L’ERP est arrivé sur son cheval blanc de sauveur de l’entreprise. Il est donc censé réunir les applications de l’entreprise autour d’une base de données commune et d’une même interface utilisateur (tu sais, les trucs vendus par Microsoft qui coûtent les yeux de la tête et qui se plantent souvent).

Les ERP sont donc des outils communs à l’entreprise. Ils utilisent les mêmes données pour faire de la comptabilité, du contrôle de gestion, de la gestion de la qualité, de la gestion de production, de la gestion de projet, le café, la vaisselle… Non, pas le café ni la vaisselle. Outil puissant s’il en est, il permet d’avoir de l’information d’un coté à l’autre de l’entreprise très vite, il élimine les doubles saisies de données. Ce qui veut dire que les méthodes industrielles ne peuvent plus ignorer la production qui ne peut plus faire fi des problèmes commerciaux opérationnels. Ce sont des outils décloisonnant pour l’entreprise (ça y est, le vocabulaire consultant).

Au fait, pourquoi n’a-t-on pas inventé les ERP avant, quand toutes les applications étaient dispersées dans la nature ?

Le développement des ERP tient à la maturité technologique sur laquelle ils s’appuient. Les réseaux locaux ont fait d’énormes progrès, les systèmes d’informations sont capables de puissance de calcul indispensable au brassage des données d’un ERP (je reste sur des vocables consultant).

La perte de pouvoir des informaticiens reste discutable mais, ce que l’on nomme maintenant les chefs de projet fonctionnels ont quand même largement progressé dans la communication inter domaine de l’entreprise.

Mais les SAP c’est des ERP ou le contraire ?

SAP est un ERP. C’est, d’un point de vue commercial LE ERP. SAP, ce sont des gens qui sont partis de chez IBM au début des années soixante dix. SAP s’est développé avec une approche marketing géniale (du genre Microsoft). L’idée est de présenter aux décideurs, ceux qui ont l’argent et qui signent les chèques, une solution informatique dans laquelle ils n’auraient plus qu’à cliquer sur un truc pour avoir tous les résultats de l’entreprise en moins de deux… C’est largement moins idyllique dans la pratique. Il faut quelques clicks de souris et quelques coups de pieds ou je pense pour obtenir ce type de résultat.

Technologiquement parlant, il n’y a rien de très excitant. C’est du transactionnel de gestion avec un soupir de programmation évènementielle (voir l’auteur pour un cours sur la programmation évènementielle dans les bases de données relationnelles).

Mais alors, si je suis un patron intelligent, j’installe un SAP, heu, je veux dire un ERP ?

Ben oui. Mais ce n’est pas gagné. D’après une étude qui commence à dater (APICs 1998 puis Ecoles des Mines 2000), seulement 30% des installations d’ERP apportent les fruits attendus. Cela représente un tel changement de culture dans les entreprises que beaucoup se servent encore de leurs anciens outils sans se soucier du joli système tout neuf qu’ils ont à portée de main. En fait, les efforts lors de la mise en place d’un ERP sont, en très bref, de deux types :

  • Faire en sorte que les pratiques des utilisateurs et l’ERP soit en phase,
  • Ré éduquer les utilisateurs sur leurs métiers et les éduquer sur l’outil, pas seulement sur l’outil.

Quand tout le monde sait enfin bien se servir de ce fabuleux outil, on en découvre les limites, et oui, personne n’est parfait. Mais nous en reparlerons au prochain épisode.

Au fait, ERP, ça veut dire Enterprise Resource Planning.



[1] APICs : association américaine de certification des gestionnaires de production et de stock.

La gestion de projet est un sport de combat

juillet 23rd, 2006

Rien de tel que le démarrage d’un nouveau projet pour avoir sa dose d’adrénaline, stimuler l’imagination et la créativité, s’imaginer sur le toit du monde. Si l’on pense que la gestion de projet est quelque chose d’extrêmement répandu, la gestion de projet qui marche l’est beaucoup moins. Chacun aura, cela va de soit, sa définition du “projet qui marche”. Mais le schéma est souvent le même :

  • Définition du projet, attribution des rôles, Roger est nommé chef de projet (on me fait confiance pour ce projet capital pour l’organisation, quel honneur ! Tient Roger, t’a récupéré le projet ! Quel bol, moi je ne fais rien de très excitant en ce moment.)
  • Démarrage de l’organisation de projet, mise en place des méthodes (Au fait, Roger, c’est quoi ce projet qu’on t’a confié, c’est vraiment n’importe quoi ! On aurait du commencé par le projet de Machin, c’est un préalable incontournable. Comment vas-tu faire ?)
  • Début des réalisations (Bon écoute, pour ton projet on peut faire un effort et commencer à bosser dessus d’ici une ou deux semaines. Il faut que tu me rappelles la semaine prochaine, Ok ?)
  • Le premier jalon arrive (Roger, comment se fait-il que vous n’ayez pas avancé plus ? Vous savez que ce projet est capital pour nous tous !)
  • Roger trime dur pour remettre tout le monde dans le mouvement. Il arrive à des avancées partielles, il refond les bases de travail. Le deuxième jalon n’est atteint qu’avec quinze jours de retard. Roger présente un plan de rattrapage du retard (Roger, on ne peut vraiment pas se permettre deux semaines de retard ! Nos actionnaires nous surveillent de près.)
  • Le bout du tunnel arrive. Malgré le plan d’action, le retard de deux semaines reste là (Roger, il y a un poste de daf dans notre filiale guatémaltèque. Vous verrez, c’est une opportunité en or pour quelqu’un de votre envergure.)
  • Albert présente un nouveau planning avec un retard de six mois. Le plan est accepté par le comité de pilotage. (Très bien Albert ! Vous êtes l’homme de la situation.)
  • Le projet se termine avec six mois et deux semaines de retard. Albert est nommé directeur informatique.

Peut-on éviter ce modèle de gestion de projet ?

Quelle organisation Roger aurait-il du mettre en place ?

Roger aime-t-il le Guatemala ?

Si ce qui nous pousse à faire du projet c’est l’adrénaline du début, l’espoir qu’on a dans la réussite et dans ses conséquences, il faut conserver cette ferveur jusqu’au bout en faisant preuve de rigueur, de créativité et d’esprit de communication. Comme dans les sports de combat, il faut trouver la faille chez l’adversaire, le temps, et savoir s’engouffrer dans les intervalles. Car arriver à la clôture d’un projet dans le même état qu’au début c’est ajouter au plaisir d’avoir imaginé quelque chose, la satisfaction partagée de l’avoir réalisé.

A la semaine prochaine…

Bonjour tout le monde !

juillet 22nd, 2006

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