Résumé de l’épisode précédent :
Il y a bien longtemps, dans le fin fond des états unis d’Amérique, vivait un monsieur du nom de Orlicky qui fabriquait des trucs électroniques. Il avait des problèmes pour programmer sa production. Quand est-ce qu’il faut acheter du plastique ? quand est-ce qu’il faut fabriquer ce sous-ensemble pour mettre dans cet appareil ? Combien faut-il de colle pour monter toutes ces machines ? Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Bref, tout un tas de questions fondamentales pour quelqu’un qui fabrique des trucs électroniques.
Alors, parce qu’il était rusé comme un renard Américain, qu’il aimait son pays et qu’il avait une paire de (non je ne l’écrirai pas)… il a inventé la méthode ‘Material Resource Planning’, le MRP.
C’est quoi le MRP ?
Le principe est bête comme chou, mais il fallait le formaliser. Dans cette méthode, il faut décrire les trucs qu’on fabrique, avec quoi on les fabrique, combien de temps il me faut pour obtenir chaque sous-truc et alors, en partant des produits que je vend au date où on me les commandes, je calcul combien il me faut de colle, de plastique, de transistor, de pâté pour chat, etc. avec une feuille de papier, une règle et un crayon, même pas de calculatrice (pour plus de détail, voir l’auteur).
On peut le faire pour fabriquer un bateau en Légo ou un gâteau au chocolat ?
Oui Léon, et quand on fabrique deux ou trois dizaines de produits relativement standards, la méthode reste faisable à la main. Mais dès que l’on dépasse ces quantités, il faut engager une armée de planificateurs qui font un boulot aussi exaltant que celui de chargé des écritures comptables, une vrai sinécure (voir GC et PGE qui ont visité en Chine un Sous-traitant de décathlon qui avait un MRP manuel …). Ou alors acheter un ordinateur avec une GPAO (Gestion de Production Assistée par Ordinateur).
Et il n’y a pas plus rusé comme truc ?
Jusque là, c’est une excellente méthode quand on a rien d’autre, et les ERP se sont tous basés la dessus pour planifier la production. Après, si on sait dire sur quelle machine on doit passer les produits, combien de temps ça prendra, combien de petites mains il faudra, on sait faire le MRP II (l’ERP contre attaque) qui, en plus de planifier le mou pour le chat va planifier la poêle, le gaz, l’allumette et Madame Ginette pour le faire cuire comme il faut. Pour parler consultant et un peu plus professionnel, on planifie les ressources et les capacités suivant un processus du type PIC/PDP (Plan Industriel et Commercial / Programme Directeur de Production) et RP/RCCP (Resources Planning / Rough Cut Capacity Planning). On analyse les impacts financiers et on peut introduire des notions du type développement de nouveaux produit mais là, je m’éloigne un peu.
Les ERP font ça très bien. En plus de tout ça, ils calculent combien ça va coûter, combien il faut emprunter d’argent pour acheter le mou pour le chat, combien on va payer d’URSSAF sur le travail de Madame Ginette, quelle formation ‘cuisson du mou pour le chat’ il faudra qu’elle fasse, etc. Parenthèse SAP : comme les gens de chez SAP vendent leurs ERP aux directeurs financiers, vous pensez bien qu’ils étaient super contents de pouvoir appuyer sur un bouton pour savoir tout ça. Fin de la parenthèse sur SAP. Il s’agit d’outils relativement standards et qui, du coup couvrent la plupart des fonctions standards mais mal les exotismes qui font que finalement l’entreprise s’adapte à l’outil !
Quand on est à la production, on sait maintenant, en direct, comment les gens des méthodes veulent qu’on fabrique un truc, comment les commerciaux veulent vendre un machin quand on fait de la planification, quand le produit est fabriqué, où il est en stock, si le mou pour le chat est au frigo, etc.. C’est là que l’ERP apporte toute sa valeur, dans la rapidité de circulation de l’information dans l’entreprise. On dit que c’est un système transactionnel (permet de suivre et mettre à jour toutes les données) mais du coup suppose un apprentissage de l’environnement « connecté ». Tout le monde saisit dans le système les transactions qui font partie de son métier : réception du mou, nettoyage de la poêle, arrivée de Madame Ginette, etc. Ce qui suppose une mise à jour correcte et une compréhension du « workflow » (Chaîne de transmission de l’information) dans lequel on s’inscrit même lorsqu’on n’est pas client de la donnée renseignée.
La planification se fait sur le même mode : transactionnel, en direct avec la production et les commandes.
Alors, dans un monde si merveilleux, pourquoi cherches-tu encore à nous fourguer une pyramide informatique à un prix défiant les indemnités de licenciement de J2M ?
Parce que, petit scarabée, il reste un gros tas de questions sans réponse.
Mais quelles sont ces questions, Oh maître incandescent ?
En voici quelques unes :
Quand je planifie ma production, comment puis-je savoir ce qui est le mieux pour gagner plus de pognon (ou pour en dépenser le moins) : de passer dans la poêle le mou pour le chat d’abord, ou le foie de veau pour papy ?
Quand j’ai des clients qui ne me disent jamais rien, comment puis-je faire des hypothèses sur ce qu’ils vont m’acheter ? Et, ces hypothèses, comment faire en sorte que ce soient mes vendeurs qui me les renseignent dans mon système et que je puisse les utiliser pour faire mes hypothèses de budget, de planification, d’achats ?
Quand j’ai trois usines, comment savoir dans laquelle il faudrait produire un truc plutôt que dans une autre ?
Quand j’ai quinze magasins de jeans, comment savoir où il faut mettre mes trois centres de distribution et les produits qu’il faudrait mettre dedans ? En quelles quantités ?
Quand j’ai un client en ligne, comment lui promettre un délais à peu prés sur en moins de trois mois ?
Alors, pour répondre à toutes quelques questions et à bien d’autres encore, on a inventé les APS : ‘Advanced Planning System’.